Les psychothérapeutes se mobilisent

(Carte blanche adressée à la presse le 5 octobre 2015)

Le 4 avril 2014, nous nous réjouissions qu’une loi d’habilitation de la profession de psychothérapeute soit enfin votée. Cette loi Muylle et consorts donnait un cadre légal qui protégeait à la fois le public et les professionnels dûment formés, et ce grâce aux exigences de formation mises en place (minimun Bac +3 dans le domaine médico-psycho-social + une mise à niveau auprès d’une institution universitaire ou d’une haute école aux notions de base de la psychologie (psychopathologie, diagnostic, travail en réseau, etc) + 4 ans de formation à la psychothérapie, soit un total minimum de 8 ans). Des critères d’agrément des lieux de formation devaient ensuite être mis en place de même qu’une déontologie.

Cette loi est le résultat de 15 ans de négociations pour obtenir un consensus avec les différents partis politiques et les personnes de terrain (universités et associations professionnelles). Unique en son genre, elle est enviée par les psychothérapeutes de nombreux pays, pour son ouverture et ses exigences quant à la profession.

Depuis ce vote du 4 avril 2014, rien n’a bougé !

Le Conseil Fédéral de la Psychothérapie devait se mettre en place afin de conseiller la Ministre dans l’élaboration nécessaire à la mise en œuvre de la loi qui est prévue pour le 1er septembre 2016.

Nous regrettons profondément le manque de communication du Cabinet de Madame Maggie De Block, de même que son manque de dialogue et de transparence avec les fédérations professionnelles.

Des contacts avec les personnes en charge du dossier au SPF Santé de Madame la Ministre Maggie De Block, il apparait qu’il est actuellement envisagé une remise en cause fondamentale des termes de la loi.

Nous craignons que ces changements se basent sur une approche très médicalisée de la psychothérapie, ce qui est totalement inadapté à la prise en compte globale de la personne dans toute sa dimension singulière, en particulier au niveau émotionnel.

Le Cabinet de la Ministre Maggie De Block envisagerait un passage obligé du patient par un intermédiaire (médecin ou psychologue) pour accéder à une psychothérapie, ce qui compliquerait cette démarche (souvent difficile) du patient et limiterait sa liberté de choix.

La Ministre semblerait privilégier aussi le savoir (enseignement universitaire) aux savoir-faire et savoir-être (qualité d’être et de présence du psychothérapeute) acquis dans les formations à la psychothérapie. Ces formations sont données dans le cadre de post-graduats mais aussi hors université depuis très longtemps (la répartition varie selon les régions). Elles comprennent non seulement un enseignement théorique spécialisé mais aussi et surtout un travail sur soi, une pratique clinique effective et des supervisions. Les formateurs y sont de réels experts professionnels, alliant à leurs connaissances théoriques une longue pratique de terrain.

De plus, Madame De Block envisagerait de supprimer le Conseil Supérieur de la psychothérapie dont nous attendions l’installation avec impatience.

Nous souhaitons, dès lors, exprimer notre vive inquiétude sur le fait que le projet de la Ministre Madame Maggie De Block serait un réel retour en arrière dommageable tant pour la profession que pour les patients.

Si la loi du 4 avril 2014 nous plaçait en avant-garde dans les pays européens, elle risque par les changements annoncés, de nous mettre dans une position obsolète dans le champ de la psychothérapie.

C’est la raison pour laquelle nous nous mobilisons pour que l’esprit et les avancées de la loi du 4 avril 2014 demeurent respectés.

Signataires :

  • Mony Elkaïm (Prof. honoraire ULB, Président de la section francophone du Groupement Belge des formateurs de psychothérapeutes systémiques, président honoraire de l’association européenne de psychothérapie (EAP))
  • Edith Goldbeter (Professeur honoraire ULB, Secrétaire du Groupement Belge de Formateurs de Psychothérapeutes Systémiques, Directrice de la collection ‘Carrefour des psychothérapies” chez Deboeck)
  • Alfons Vansteenwegen (KUL)
  • Francis Martens (CFCP FCPE Faculté de médecine UCL, président du Conseil d’Ethique de l’Association des services de psychiatrie et de santé mentale de l’APSY-UCL, Faculté libres des lettres et sciences humaines, Lille, France)
  • Wim Galle (UGent)
  • Ariane Bazan (ULB)
  • Susann Wolff (ULB, UCL)
  • Xavier Renders (ancien vice-recteur UCL, ancien doyen Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation,UCL)
  • Philippe Van Haute (Radbout universiteit, Nijmegen, Nederland)
  • Jean Florence (UCL, Faculté universitaires Saint-Louis, Bruxelles)
  • Patrick De Neuter (CFCP, FCPE, Faculté de médecine UCL, SSM Chapelle-aux-Champs)
  • Manoëlle Descamps (CFCP, FCPE, Faculté de médecine UCL, SSM Chapelle-aux-Champs)
  • Karl-Leo Schwering (co-directeur du département pour enfants du SSM Chapelle-aux-Champss UCL, FCPE Faculté de médecine UCL, Université Paris Diderot)
  • Dam Kaminski (Président de l’École de criminologie UCL)
  • Marc Crommelinck ( émérite aux facultés de médecine et de psychologie de l’UCL, ancien secrétaire académique de la Faculté de Médecine de l’UCL, membre de l’Académie Royale de médecine)
  • Jean-Paul Roussaux (Prof émérite de psychiatrie, past-responsable du service de psychiatrie UCL)
  • Antoine Masson (Prof. à l’École de criminologie UCL et aux Facultés universitaires Notre Dame de la Paix à Namur)
  • Christophe Janssen (co-directeur du département pour adultes du SSM Chapelle aux Champs, Chargé de cours invité à l’École de criminologie UCL)
  • Brigitte Dohmen (ex enseignante CUEPP Lille, France)

 

Verenigingen / Associations

  • Jean-Pierre Petit FFBPP (Fédération Francophone de Psychothérapie Psychanalytique)
  • Paul Kestemont FPHE (Fédération Belge des Psychothérapeutes Humanistes centrés sur la Personne et Expérientiels)
  • Philippe Defossez ABIPFS (Association Belge pour l’Intervention et la Psychothérapie Familiale et Systémique)
  • Brigitte Dohmen Psycorps (École belge de psychothérapie psychanalytique à médiations)
  • Dominique De Wilde UPPsy (Union Professionnelle des Psychologues)
  • Françis Martens APPPsy (Fédération Nationale des Psychologues Praticiens d’Orientation Psychanalytique)
  • Françoise Daune Plate-Forme des Professions de la Santé Mentale
  • Michel Delbrouck Past-president de la Société Balint Belge
  • Philippe Vranken (BVP/ABP Belgische Vereniging Psychotherapie / Association Belge de Psychothérapie, Vice-président de l’EAP (European Association for Psychotherapy)
  • Frans Leens Ifisam (Institut de Formation à l’Intervention en Santé Mentale)
  • Emmanuelle André ARPP (Association pour la Recherche en Psychothérapie Psychanalytique)
  • Marie-France Dispaux, Blandine Faoro-Kreit, Christine Franckx pour la CA de la SBP/BVP (Société Belge de Psychanalyse/Belgische Verening voor Psychoanalyse)
  • Vincent Magos, voorzitter-président BSP-EBP (Belgische School voor Psychoanalyse-École Belge de Psychanalyse)