Les thérapeutes cognitivo-comportementaliste soutiennent Maggie De Block

Rappelons que la loi reconnaît quatre orientations psychothérapeutiques.  On notera dans le courrier l’apparition d’une étrange nouveauté: « une distinction entre les psychothérapies et les thérapies psychologiques » pour lesquelles des professionnels « ont ou peuvent acquérir rapidement les compétences pour les utiliser à bon escient ». N’y a-t-il pas là une source de confusion auprès du public et une porte ouverte à labelliser des professionnels à la formation insuffisante?

Liège, le 25 janvier 2016.

 Madame la Ministre,

Nous avons pris connaissance du rapport de l’échange de vues du 18 décembre 2015 (Commission de la santé publique, de l’environnement et du renouveau de la société. Doc1535/001). La synthèse de votre exposé introductif nous a permis de situer clairement les raisons qui justifient votre décision de réparer la loi du 04/04/2014. En ce qui concerne la psychothérapie, nous partageons votre analyse de cette loi qui avait soulevé des critiques chez de nombreux acteurs professionnels.

Ces critiques s’étaient notamment exprimées dans une Carte blanche publiée par le quotidien le Soir du 6 janvier 2014. Elles avaient ensuite motivé la constitution d’une Plate-forme des psychothérapeutes universitaires et la formalisation du manifeste « Pour des psychothérapies ouvertes et rigoureuses ».

Nous nous réjouissons de votre volonté de promouvoir l’exercice d’une psychothérapie de qualité utilisant des méthodes rigoureusement évaluées (évidence based ou autres). Nous accueillons positivement votre projet d’intégrer la psychothérapie au sein de la loi du 10 mai 2015 en s’appuyant sur les recommandations de l’avis n°7885 du Conseil supérieur de la santé. Nous sommes ouverts à la création d’un Conseil fédéral unique subdivisé en trois banc sen souhaitant une représentation paritaire des milieux universitaires et professionnels. Nous actons que vous envisagez des dispositions transitoires pour les psychothérapeutes en exercice non titulaires d’une maîtrise.

Nous sommes surpris que des membres de la Commission aient argumenté que la loi du 04/04/2014 était le fruit d’un compromis négocié avec les différents acteurs professionnels. Il est exact que la Ministre L Onkelinx avait pris l’initiative d’un groupe de travail spécifique sur la psychothérapie. Composé d’une trentaine de membres, ce groupe réunissait des représentants de diverses associations et des parlementaires. Lors des séances du 29 avril et du 11 juin 2013, chaque représentant a exposé brièvement son point de vue sur la formation et l’exercice de la psychothérapie. Il n’y a eu aucun échange sur un projet particulier de réglementation légale, aucune note de synthèse et a fortiori aucune négociation avec l’ensemble des acteurs professionnels. Par contre, nous avons eu l’opportunité d’échanger sur votre projet avec vos conseillers le 4 juin 2015 et de participer à une réunion des parties prenantes le 14juillet 2015.

Certaines affirmations concernant les associations francophones sont inexactes. Via l’AEMTC, le cadre de référence cognitivo-comportementaliste est représenté au sein de la Coupole de psychothérapie francophone mais aussi au sein du Groupe de concertation sur la psychothérapie. Ces associations de fait ne sont nullement chapeautées par une quelconque plate-forme multidisciplinaire. Au travers des échanges entre les représentants francophones, il apparaît que les positions respectives et les divergences ne sont pas uniquement justifiées par l’intérêt du patient ou par la qualité de la psychothérapie mais aussi par des enjeux économiques.

Plusieurs commentaires semblent se référer à une définition très large de la psychothérapie englobant toutes les interventions psychologiques. Il nous semble utile de vous informer que cette conception est débattue dans la littérature scientifique internationale. Celle-ci propose une distinction entre les psychothérapies et les thérapies psychologiques. Les premières seraient indiquées dans divers troubles ou dysfonctionnements psychopathologiques. Les secondes traiteraient d’autres problèmes ou dysfonctionnements psychologiques avec des effets également validés. Les psychologues ou d’autres prestataires ont ou peuvent acquérir rapidement les compétences pour les utiliser à bon escient. Comme vous l’avez relevé, il y aurait actuellement plus de 14000 psychologues diplômés dont la très grande majorité a suivi une formation en psychologie clinique. Une proportion très importante d’entre eux n’accède à un emploi précaire ou stable, qu’après une longue période de chômage. Dans ce contexte, les inquiétudes relatives à une diminution de l’offre de service en santé mentale suite à votre projet ne sont pas fondées.

Nous nous sommes limités à quelques réactions suscitées par la lecture de ce rapport. Nous restons à votre disposition pour en partager une analyse plus exhaustive et pour poursuivre un débat constructif sur la réparation de la loi du 04/04/2014.

En vous remerciant pour l’attention et la suite que vous voudrez bien accorder à cette lettre, nous vous prions d’agréer. Madame la Ministre, l’assurance de notre considération la plus distinguée.

Pour le GCP,

Michel Yiieff – Président de l’Association pour l’Etude, la Modification et la Thérapie du Comportement (AEMTC).
Dr Charles Kornreich Président Société royale de Médecine mentale de Belgique (SRMMB).
Claire Demaret – Présidente Association Francophone de Psychothérapie centrée sur la Personne et Expérientielle(AFPC).
PierrePhilippot,coordinateur Plate-forme des psychothérapeutes universitaires.
Jan DeMol, Clinical Child/Adolescent Psychology-FamilyTherapy.