Quelques psys à éviter: #2 Les muets

La vie psychique est affaire de pureté et quoi de plus pur qu’un silence total pour que se développent fantasmes et rêves et pour qu’émerge le Désir. Telle est la règle que se donne ce praticien aux lèvres bouclées à double tour.

Reproduit-il ce qu’il a vécu lui-même (dans le silence il a appris, dans le silence il exerce) ? A-t-il peur de dire une sottise? Est-il un mort-vivant ? A-t-il bouche et cul serrés de peur de péter s’il devait lâcher un mot ? Il ne nous en dira rien.

Si vous n’y avez jamais goûté, avec un peu de persévérance, vous expérimenterez la déshérence et tournerez en rond sans rencontrer le moindre oasis. Chez lui, votre masochisme se développera et vous vous direz que vous n’en faites jamais assez, que peut-être un rythme plus fréquent (quatre fois par semaine?) serait plus profitable. Rien ne se passait, rien ne se passe, rien ne se passera…

Un jour, exténué, vous sortirez de son cabinet et remarquerez que le printemps est là. Comment ai-je pu l’oublier ! penserez-vous. A l’heure de la séance suivante, vous préférerez déguster une glace ou chercher à croiser de jolis yeux. Fallait-il cela pour guérir ?

Décodage

Les psychothérapeutes sont peu bavards et c’est bien normal car il ne s’agit ni de bavardage, ni de discussion. Comme il n’est pas question d’échanger des points de vue ou de recevoir des conseils, une sobre réserve, un certain silence offrent au patient la page blanche sur laquelle il pourra s’exprimer, se déployer. Freud découvrit cela grâce à une analysante qui lui lança « Mais taisez-vous donc un peu, laissez-moi parler ! ». Ainsi, certains patients vont pouvoir s’avancer dans leur psychothérapie sans que le thérapeute intervienne fréquemment. A l’inverse, d’autres ne peuvent supporter un silence qui est, pour eux, trop angoissant, mortifère, phobique (surtout pas de bêtise)… C’est la raison pour laquelle la plupart des psychothérapeutes suivent la proposition de Winnicott pour qui la psychothérapie c’est deux personnes en train de jouer ensemble. Et, là où le jeu n’est pas possible, le travail du thérapeute vise à amener le patient à l’en rendre capable.