Quelques psys à éviter: # 9 Les entraîneurs

 

C’est décidé ! Vous en avez pris la résolution, vous allez changer ! Le découragement pointe le bout de son nez ? Debout ! Les idées noires rodent ? Du balai ! La dépression ? C’est pour les faibles !
Il suffit de PO-SI-TI-VER ! De s’orienter vers une psychothérapie réellement efficace.
Le body building existe ? Le mind building aussi! Vous avez trouvé votre entraîneur : cheveu dru, teint halé, pectoraux avantageux (mais discrets), il va vous vous prendre en main (vous accompagner, a-t-il dit). Ce partenariat va maximaliser votre capital personnel et vous orienter vers les voies du succès.
De séance en séance, il vous aide à réduire vos points faibles, améliorer vos stratégies de développement, manager votre avenir, développer vos opportunités, optimiser vos performances, affronter de nouveaux défis…
Votre potentiel ne demande qu’à éclore. Grâce à votre psychothérapeute, votre personnalité se muscle et votre volonté acquiert progressivement la virilité des points d’exclamation qu’il affectionne quand il vous encourage. Votre regard affronte le vaste horizon et, votre confiance en vous (que dis-je : votre assertivité) s’étoffe. Vous sentez que bientôt vous allez performer ! Vous le sentez, n’est-ce pas? Là, au centre de votre corps.

Mais, mais, mais…
Vous avez un coup de mou; votre régime ne tient pas; sur la piste de danse vous vous foulez la cheville; vous n’arrivez toujours pas à prendre la parole en réunion…
Vous n’osez pas dire à votre psy que le soir vous pleurez dans votre lit, que le dimanche vous tournez en rond, que vous avez une fois encore claqué votre salaire en achats inutiles. Vous avez honte de votre faiblesse, honte de ne pas être à la hauteur.
Décidément, vous devez l’admettre, vous n’êtes pas assez positif. Le monde des gagnants n’est pas le vôtre. Vous connaissez Darwin et la sélection naturelle et avez été convaincu qu’il en va de même dans la société. Dommage… Tout le monde ne peut pas gagner (version libérale d’ Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus).
Humilié, vous espacez les rendez-vous. De toute façon, lui, se désintéresse déjà de vous: la dépression, le fait flipper, il s’est armé ainsi pour ne pas s’effondrer.

Décodage
Nous aimerions tous être rationnels et positifs et plus encore que les autres le soient. Nous savons que fumer et boire est mauvais pour la santé, donc nous arrêtons ? Nous prenons des résolutions en début d’année et bien sûr les tenons…
La plupart des psychothérapeutes ont fait leur, le fameux aphorisme de Rimbaud « Je est un autre ». Ou, dans une version moins poétique, parleront de « division du sujet » ce qui revient à dire que si nous souhaitons rationnellement certaines choses, nous sommes néanmoins habités de pulsions et autre désirs inconscients qui luttent en nous et nous amènent à avoir certains comportements que nous savons pertinemment être destructeurs : Une fois encore j’ai fait ce choix amoureux alors que d’avance je sais où cela va me mener ! C’est plus fort que moi.
Dès lors tenter de muscler le conscient en espérant qu’il va dompter l’inconscient c’est compter sans les manière rusée dont celui-ci parvient à se glisser, à se déplacer pour nous faire trébucher là où on ne l’attend pas. Par contre, arriver à mieux l’apprivoiser, écouter ce qu’il a d’intéressant à nous dire aide à faire des choix plus lucides.
Les stratégies rationnelles peuvent convenir aux patients qui ont des difficultés d’élaboration ou peuvent constituer une étape d’un processus (commençons par essayer de voir clair dans votre budget, logement, emploi…) ; elles présentent néanmoins assez vite leurs limites.
Les curieux trouveront sur Internet La méthode Coué : La maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente, dont les méthodes actuelles ne sont souvent qu’un rewriting habilement marchandisé.